Sémantiques et identités sonores

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La musique du XXème intègre non seulement de nouvelles proportions rythmiques et harmoniques, mais questionne également le son en tant que générateur de sens. Que ce soit dans la musique vocale, instrumentale ou dans l’électronique, l’émergence d’une considération particulière à la sonorité du bruit ouvre une nouvelle dimension de la pensée compositionnelle. La musique vocale a la particularité de souvent intégrer un texte portant lui aussi du sens par le mélange de timbres harmoniques (voyelles) et différentes sonorités bruitées (consonnes). Elle a connu une véritable révolution au XXème siècle.

Parallèlement à la composition musicale évolue la poésie. Elle est, par bien des aspects sonores, en avance sur la musique et pose des questions touchant à ce domaine.

La poésie et la musique ouvrent toute deux une recherche artistique permettant non seulement d’explorer de nouvelles techniques, mais surtout de créer de nouvelles structures sémantiques ayant une portée plus large que les traditions artistiques précédentes. Cette démarche permet de dépasser les limites définies au préalable et d’inclure ou de fusionner des langages artistiques, jusque-là séparés les uns des autres. Ainsi Berio suit même l’utopie d’un art qui fusionne musique, poésie et sens, de telle manière à ce qu’il n’y ait plus de limites entre sens et expression, entre temps et signification (Ommagio a Joyce – 1958).

Dans ce contexte, l’aller-retour entre la sémantique et le sonore – particulièrement présent dans la musique vocale – se retrouve au centre des préoccupations de plusieurs œuvres emblématiques de l’avant-garde des années 60. Des pièces comme : la Sequenza III de Luciano Berio ou l’Anagrama de Mauricio Kagel révèlent de nouveaux aspects du lien entre texte et sonorité. D’autres œuvres comme temA de Lachenmann tendent vers une fusion entre d’une part l’identité sonore de la voix, du souffle et du corps humain comme porteur de sens et, d’autre part, du son des instruments. De fait on aboutit chez Lachenmann à des moments où les sonorités vocales et instrumentales sont si confondues qu’il est guère aisé de les distinguer.

La recherche dans cet océan du possible est loin d’être épuisée. Elle reste une préoccupation centrale pour un grand nombre de compositrices et compositeurs d’aujourd’hui. C’est dans ce sens que Vidya a constitué un programme d’œuvres dont l’articulation thématique se focalise sur :

• la fusion du texte avec le sonore ;
• la fusion des identités sonores entre d’une part la voix, et d’autre part les sonorités instrumentales ;
• les œuvres qui thématisent l’aspect de la sémantique linguistique et sonore en musique ;
• la recherche sonore particulière, au bord de l’audible, dans un ambitus réduits avec une sémantique sonore transmise par le bruit.

PROGRAMME

Isabel Mundry — Création (commande de l’ensemble)

Effectif : Soprano, Flt, Cl, Cor, Pno, Perc, Vl, Vla, Vlc

Soprano: Angèle Chemin


Helmuth Lachenmann ­— temA (1968)

Effectif : pour Violoncelle, Flûte et Soprano


Chaya Czernowin — Ayre : Towed through plumes, thicket, asphalt, sawdust and hazardous air I shall not forget the sound of (2015)

Effectif : Flt (b. flt), Cl (b.cl), Perc, Pno, Vln, Vla, Vcl


Mark André – zu staub (2005)

Effectif : Flt (b. flt), Cl (b.cl), Perc, Pno, Vl, Vla, Vc


Frank Bedrossian — L’usage de la parole (1999)

Effectif : pour Clarinette, Piano et Violoncelle


Vidya réunit des musiciens passionnés autour d’une envie commune de questionner leurs pratiques autant d’un point esthétique que politique. La réflexion commune dépassant toute normativité est la pierre angulaire de ce processus. Ceci implique un effort des sens et de l’esprit au delà de nos spécialisations afin de cultiver l’émergence d’idées inédites, sans jugement préalable. Ainsi nous souhaitons être medium et déclencheur d’un dialogue inspiré qui place les arts et ses acteurs dans un cercle d’interdépendances entre la société, la philosophie et l’histoire en permettant par cela la découverte de nouveaux lieux de connaissances et de rendre possible l’altérité de notre perception.